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Surfer sur la vague du changement

Surfer sur la vague du changement

Il est difficile d’analyser le nombre total de surfeurs. C’est d’autant plus vrai qu’il est difficile de déterminer la proportion de débutants qui pratiquent un sport exigeant et difficile à maîtriser après les quelques premières heures d’instruction données par un moniteur. On estime, en revanche, qu’à l’heure actuelle un Australien sur 10 pratique le surf au moins de manière occasionnelle (c’est-à-dire environ 2 millions de personnes). En France, on estime le nombre de surfeurs à environ 150 000 et au Royaume-Uni, en dépit des conditions météorologiques peu favorables, on compte plus de 400 000 fans de surf. Quant aux États-Unis, le plus grand marché pour l’industrie du surf, leur nombre dépasse les 2 millions.

Par conséquent, en plus des surfeurs expérimentés et passionnés qui vivent près des plages indiquées pour la pratique de ce sport et considèrent le surf comme un véritable mode de vie, une nouvelle catégorie de surfeurs urbains est apparue. Ces personnes achètent des articles de mode surf, mais en revanche ne pratiquent ce sport qu’occasionnellement.

Les attentes envers le matériel diffèrent bien sûr pour chacun de ces groupes. Les surfeurs expérimentés veulent que leur équipement soit adapté à leur niveau, leur morphologie, leur style et aux vagues qu’ils affrontent. Ils peuvent posséder plusieurs planches pour différents types de vagues, et l’usage intensif qu’ils font de leur matériel fait de la solidité un critère d’achat de plus en plus important.

Les surfeurs occasionnels, au contraire, recherchent leur planche selon des critères de mode et d’esthétique. Ces surfeurs ne possèdent pas toujours leur équipement et peuvent le louer à un magasin ou à l’école de surf de l’endroit où ils séjournent. Les critères pour les magasins et les écoles sont en général les prix bas, la résistance du matériel, la facilité d’utilisation et la diversité d’utilisation, les surfeurs ayant une morphologie différente et ne surfant pas tous sur les mêmes vagues.

Les « shapers », artisans de planches de surf

Le marché des planches de surf a connu une croissance soutenue pendant une longue période, du début des années 1990 jusqu’à aujourd’hui, et en 2009 la production s’est élevée à 3 millions d’unités, tandis que les ventes totales vont jusqu’à 1,2 milliards de dollars. Ce sont des artisans « shapers », au nombre de 2 000 dans le monde et installés pour moitié aux États-Unis, qui produisent toujours la plupart de ces planches. Néanmoins, seulement 10 % de ces artisans produisent plus de 2 000 planches par an, sur les 500 000 unités produites chaque année au total, en utilisant des techniques semi-industrielles et des machines à shaper.

Les résines développées à partir de produits chimiques industriels dans les années 1940et 1950 ainsi que la mousse de polyuréthane introduite par Clark Foam dans les années 1960 se révélèrent faciles à utiliser et permirent de tester différentes formes de planches de surf jusqu’à l’apparition des shortboards en 1965-1966.

Aujourd’hui, après des décennies de designs changeants, cinq modèles de planches ont résisté à l’épreuve du temps. Les mesures et les caractéristiques varient beaucoup en fonction du type de planche. Ces types sont au nombre de cinq : le gun, une planche effilée de type longboard destinée exclusivement au surf sur les grosses vagues ; le longboard, planche emblématique qui bénéficie d’un intérêt renouvelé depuis le début des années 2000 ; le shortboard, d’origine australienne, fin, étroit et facilement manœuvrable ; le funboard, plus long, plus large et plus épais, destiné au surfeur de niveau intermédiaire ou au surfeur occasionnel ; et le mini-malibu, un longboard raccourci destiné aux débutants ou aux surfeurs occasionnels.

Tandis que les types de planches produites n’ont quasiment pas changé depuis la fin des années 1960, un seul évènement a modifié de manière significative la manufacture des planches de surf ces dernières années : la fermeture de Clark Foam le 5 décembre 2005. Clark Foam répondait à plus des deux tiers de la demande mondiale en pains de mousse et avait été pendant des décennies le seul fournisseur des shapers américains. La domination de Clark Foam était telle que le nom de la marque est devenu le nom générique des pains de mousse polyuréthane.

Pourquoi Clark Foam a-t-il fermé ? La California Environmental Protection Agency avait commencé à imposer des règles strictes en ce qui concernait l’usage des solvants et du TDI (diisocyanate de toluène), un des produits majeurs pour la production des pains de mousse polyuréthane et des résines polyester, et est derrière la fermeture du Clark Foam. Et dans les faits, l’interdiction définitive d’utiliser des matériaux remit en question la technique utilisée pour produire 90 % des planches de surf. Cela força les artisans shapers californiens à passer à la technologie du polystyrène et des poli-époxydes ou à délocaliser leur production dans des endroits où les lois sur l’environnement étaient moins contraignantes.

La situation singulière rencontrée par le secteur fit des vagues au-delà du microcosme de l’industrie du surf. Les médias d’informations financières s’emparèrent de la nouvelle, ce qui attira l’attention des investisseurs, lesquels y virent une formidable opportunité commerciale. De nouveaux acteurs internationaux firent leur apparition pour concurrencer les artisans shapers locaux :

  • L’entreprise américaine Surftech, qui utilise de nouvelles techniques de fabrication (moulage par injection en sandwich), propose de nouvelles caractéristiques (meilleur ratio solidité / poids pour les planches, prix bas, marketing agressif) et situe sa production en Thaïlande.
  • L’entreprise australienne Global Surf Industries, un détaillant implanté dans le monde entier, qui propose plusieurs marques et fait preuve d’un marketing agressif.
  • L’entreprise française Bic Sports, qui a une haute maîtrise des matières plastiques, des techniques de moulage et qui pratique des prix bas.

Dans le même temps, les fabricants asiatiques, surtout chinois, apparurent et proposèrent des produits peu chers et entrèrent dans les circuits des magasins de planches recherchant des produits à des prix peu élevés avec une marque propre, afin de refaire une marge de bénéfices sur ce type de produit. Si au départ la qualité des produits fabriqués en Asie n’était pas toujours égale, celle-ci s’est améliorée avec le temps.

Au début, dans les années 1950, les boutiques de planches de surf étaient des lieux de production, ou, plus exactement, des vitrines pour ces ateliers, un petit endroit pour recevoir les clients. La production de planches augmenta régulièrement et au fil du temps les ateliers furent séparés des boutiques. Sans les ateliers, les boutiques se mirent rapidement à proposer des accessoires pour la pratique sportive : des tenues de bain, couramment appelées boardshorts, et des combinaisons en néoprène.

Actuellement, les planches de surf ne constituent qu’une petite partie des ventes pour les magasins de surf. En réalité, 80 % des ventes des magasins proviennent de la vente de vêtements et d’accessoires (lunettes de soleil, sacs, montres) ; les 20 % restants sont liés à la vente de combinaisons en néoprène, d’articles connexes (dérives, leashs, etc.) et de planches. Par conséquent, les planches de surf, qui sont relativement fragile à transporter et encombrantes, servent de simple décoration dans certains magasins. En effet, vendre une planche nécessite un personnel qualifié et s’y connaissant bien pour conseiller les clients dans le choix de leur équipement. Enfin, la faible marge de bénéfices provenant de la vente des planches explique que certains magasins cherchent à se séparer des artisans shapers et à vendre des planches de marque, produites à bas coûts en Asie.

Cliquez ici pour accéder à l’étude de cas intégrale de Laurent Bourgeon (co-auteur : Claire Péron) : « Surfboard Industry : from Local Craftsmen to a Global Industry ».

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