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Pour une écologie entrepreneuriale

Pour une écologie entrepreneuriale

Si nous sommes, pour beaucoup, sensibles à l’écosystème biologique de notre planète, sommes-nous également sensibles à la richesse de nos écosystèmes entrepreneuriaux ? Découvrez en trois minutes ce que l’on doit appeler l’Ecologie entrepreneuriale et quelles en sont les conséquences sur le management de nos économies. L'explication de Fabrice Cavarretta, Professeur de Management à l’ESSEC Business School.

Nous avons tous entendu parler de ce concept d’écosystème. Il évoque la richesse, la variété des acteurs qui participe à la vie entrelacée d’un secteur économique, un territoire ou une industrie donnée.

Depuis Adam Smith jusqu’à Michael Porter, les économistes ont identifié ces interactions, ces effets qui expliquent le succès des entreprises. Car au-delà des caractéristiques spécifiques d’une entreprise et de son management, le succès économique dépend aussi de la disponibilité de personnel, d’infrastructure, de savoir-faire, toute chose que l’on va désigner sous le terme d’écosystème.

Mais avez-vous bien réfléchi aux conséquences de cette métaphore écologique ? Etes-vous vraiment sensible à l’écologie entrepreneuriale ?

Notre génération est la première à prendre vraiment au sérieux les questions environnementales, à se questionner sur la surexploitation des ressources naturelles telles que les forêts, la disparition d’espèces, les impacts sur le climat, etc. Cette préoccupation salutaire a mis du temps à venir, mais chacun comprend maintenant qu’on ne peut pas égoïstement optimiser son petit lopin de terre en ignorant les impacts globaux sur l’écosystème naturel.

Imaginez une magnifique forêt tropicale, par exemple, au Brésil. C’est un écosystème riche, varié, qui produit une biomasse extraordinaire, mais difficilement exploitable. Dans ce contexte, il peut être tentant de rendre cela « optimal », à savoir, transformer l’écosystème pour lui faire produire dans le très court terme une richesse bien identifiée, sans perte « inutile ». Par exemple, vous brûlez jusqu’à la racine un lopin de forêt équatoriale. Sur les cendres, vous installez un magnifique champ de soja OGM. Quelle merveille que ce rendement magnifique, cette production standardisée d’un produit vendable immédiatement… Et quand le rendement baisse, vous arrosez le tout d’engrais et d’insecticides.

Ce scénario ne vous satisfait pas ? Vous n’êtes pas convaincu que ce productivisme standardisé soit préférable à un écosystème riche de nombreuses espèces ? Bravo, vous êtes sensible à l’écologie biologique. Mais avez-vous la même sensibilité pour l’écologie entrepreneuriale ? Un écosystème économique sain est comme une forêt tropicale. Il contient une grande variété d’acteurs qui se nourrissent les uns les autres en cascade. Et leur productivité apparente n’est toujours pas évidente…

Pour les esprits chagrins, on peut ne voir dans une économie qu’un amas de cancrelats, de sangsues, d’oiseaux insouciants, de serpents. Un écosystème économique est en effet une riche stratification de commerçants, des formateurs, des artistes et d’artisans, des fonctionnaires, des écoliers, de bricoleurs, et une horde d’intermédiaires qui s’accroche à leur minuscule niche, à leur rente. La productivité apparente n’est ni évidente, ni capturable.

Comme face à la forêt vierge, un écosystème économique peut être optimisé au très court terme en brûlant à la base cette variété d’espèces. Il est évident que couper l’alimentation de cette cascade d’acteurs à la rentabilité invisible va être optimal… sur le court terme. Ainsi, au niveau macro, on peut fantasmer d’optimiser l’économie en visant de libérer les entreprises pour produire et vendre avec un minimum de freins, de taxation ; une économie boostée par un maximum de capitaux. Au diable les cancrelats improductifs de l’économie ! Au niveau micro, on peut fantasmer d’optimiser la création d'une nouvelle activité en la basant sur de magnifiques business plans boostés par de magnifiques levées de fonds. Au diable le bricolage et le savoir-faire ! Ces optimisations économiques sont toute aussi logiques que le magnifique champ de soja OGM gonflé aux engrais.

Evidemment, cette métaphore n’est ni preuve ni recette de politique économique. Néanmoins, la prochaine fois que vous serez agacé de la complexité, la chaleur, l’humidité, et de la cacophonie de votre écosystème économique, demandez-vous si vraiment vous ne devriez pas lui accorder autant de respect qu’à une forêt tropicale dont il est difficile de comprendre toutes les interactions.

Nos écosystèmes économiques sont aussi des systèmes complexes, dont il faut parfois une grande maturité pour saisir l’efficacité cachée. Ne soyons pas des apprentis sorciers, apprenons à respecter et à apprécier nos écologies entrepreneuriales dans toute leur richesse et leurs apparentes inefficacités.

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