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L’innovation disruptive : bonne pour le business, mauvaise pour la politique

L’innovation disruptive : bonne pour le business, mauvaise pour la politique

Basé sur le livre The World of Trump: Essays on the End of an Era, and the Dawn of a New One par Hamid Bouchikhi, collection de courts essais traitant des élections américaines, du Brexit, de l'Union Européenne, de la Chine et de l'Afrique.

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Depuis la publication du Dilemme de l’innovateur de Clayton Christensen en 1997, le monde des entreprises a adopté l’innovation disruptive et célébré les entrepreneurs et les innovateurs capables de mettre hors jeu des concurrents établis.

Le président Trump semble avoir emprunté le manuel de l’innovation disruptive et l’avoir appliqué au champ politique. Ce faisant, il a profondément bousculé l’élite de Washington :

  • Ses déclarations de « post-vérités » telles que « Obama a financé ISIS », « Hillary Clinton est une criminelle », « Obama a mis mes téléphones sur écoute » et d’autres affirmations du même acabit ont perturbé la notion même de vérité : devons-nous considérer les déclarations du président littéralement ou s’exprime-t-il par euphémismes ?
  • Son utilisation des réseaux sociaux pour contourner la presse et délivrer ses messages (souvent faux) directement à ses supporters a remis en question le rôle du quatrième pouvoir. S’il continue de détourner avec succès les récits en proférant des mensonges et des promesses irréalistes dans la sphère publique, cette-dernière pourra-t-elle le confronter, sans lui donner la publicité gratuite qu’il cherche ?
  • Son approche improvisée de la diplomatie, comme par exemple son appel au Président taïwanais, sa critique de l’OTAN, sa relation amicale avec Vladimir Poutine et ses critiques de l’Union Européenne, est susceptible de remettre en cause l’ordre mondial dessiné après la seconde guerre mondiale.
  • Ses nominations peu orthodoxes de membres de son cabinet - comme celle de Scott Pruit, pourfendeur du changement climatique, à la tête de l’EPA (Environmental Protection Agency) – s’inscrivent dans un agenda de disruption du fonctionnement des agences gouvernementales et de ce que son conseiller Steve Bannon appelle le démantèlement de l’Etat administratif.

Pour l’instant, l’ascension de Donald Trump est une sorte de success story de l’innovation disruptive : il a été capable de battre une élite bien établie et une concurrente qui a disposé de beaucoup plus d’argent pour sa campagne. Ses pratiques disruptives lui ont permis de déjouer les pronostics et changer les règles du jeu. Il est alors surprenant que la Silicon Valley n’ait pas applaudi sa pratique de l’innovation disruptive. Bien au contraire, à l’exception de Peter Thiel, la plupart des acteurs de la Silicon Valley ont publiquement critiqué Donald Trump et ont soutenu Hillary Clinton.

La différence majeure entre à l’innovation disruptive à la Trump et le concept tel qu’il est célébré par les entrepreneurs de la Silicon Valley réside dans la finalité de la disruption. Les entrepreneurs de la Silicon Valley sont convaincus que la disruption est le moteur du progrès technologique qui contribue au bien-être de l’humanité. L’agenda incarné par Donald Trump ne leur semble pas porteur de progrès mais plutôt de régression, avis que Trump et ses électeurs ne partagent évidemment pas.

Alors que les pratiques iconoclastes du Président Trump lui ont permis de conquérir le pouvoir, son mépris des institutions de la démocratie américaine et sa notion, étroite, du bien commun risquent bien de freiner son ascension et de se retourner contre lui.

 

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