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Mettre en place de bonnes pratiques dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement

Mettre en place de bonnes pratiques dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement

Avec Philippe-Pierre Dornier et Felix Papier

L’ESSEC, en partenariat avec l’Université du Tennessee, a accueilli en juillet 2012 l’édition européenne du Global Supply Chain Management Forum. Les orateurs principaux étaient Norbert Marchand, Directeur de la chaîne d’approvisionnement européenne de Soparind Bongrain, un des leaders européens du secteur agro-alimentaire, et Philippe Raynaud, Vice-président de la chaîne d’approvisionnement européenne de BIC. L’objectif était de donner un aperçu sur les tendances et les problèmes futurs ainsi que des conseils aux professionnels présents, au nombre de plus de soixante.

« Le Global Supply Chain Forum vise à rassembler les professionnels du secteur, venant du monde entier, et de faciliter le partage d’idées, explique le professeur Philippe-Pierre Dornier, chef du département de management des opérations à l'ESSEC et également un des organisateurs de l’évènement. Nous voulons faire de la mondialisation une réalité dans ce domaine, dans la recherche et l’enseignement, afin de mieux comprendre les besoins actuels et établir de bonnes pratiques. »

On le comprend, les gestionnaires de chaîne d’approvisionnement cherchent à remédier aux inquiétudes dues à l’incertitude de la situation économique : comment les entreprises peuvent-elles aborder la gestion du risque dans la chaîne d’approvisionnement ? Comment la collaboration dans la chaîne peut-elle aider l’entreprise à rester compétitive ? L’un des aspects les plus intéressants de ce forum a été la réflexion suivante : dans quelle mesure une approche durable de la chaîne d’approvisionnement peut-elle avoir un effet positif sur la ligne de résultat d’une entreprise et, en définitive, l’aider à rester compétitive ?

Lors du forum, Felix Papier, professeur à l’ESSEC en management des opérations, a tenu un atelier sur la chaîne d’approvisionnement durable et a été rejoint par un groupe de professionnels de diverses nationalités. Leur but commun était de discuter de l’importance –et de la faisabilité- des pratiques durables dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement en tenant compte du climat d’incertitude économique auquel de nombreuses entreprises sont aujourd’hui confrontées.

« Avant, de nombreux dirigeants d’entreprise avaient du mal à comprendre le débat sur la durabilité. Ils demandaient : « Pourquoi la durabilité serait-elle importante ? Pourquoi devrais-je m’en soucier ? » Beaucoup d’entre eux sentaient qu’on leur mettait une certaine pression pour qu’ils instaurent des régulations pour la durabilité, explique le professeur Papier. À présent le discours a changé. Les dirigeants se demandent plus souvent comment ils peuvent gérer les ressources de manière responsable, car ils comprennent l’importance éthique et financière de la gestion correcte d’une entreprise. »

 L’efficacité donne du sens aux affaires

L’énergie et les autres ressources coûtent cher, si bien que la réduction des déchets et de la consommation d’énergie est une évidence pour les entreprises qui cherchent à réduire les coûts totaux de production et de distribution des produits et des services. Cela a conduit à des innovations importantes, comme le Boeing 787 Dreamliner, conçu comme un avion consommant moins de carburant, plus respectueux de l’environnement et permettant au final des économies d’argent aux compagnies aériennes qui l’utilisent.

Dans le cas des chaînes d’approvisionnement, les mesures durables aident les entreprises à réduire leurs coûts de production globaux. « La diminution de la consommation des ressources est un grand défi, explique le professeur Papier. Un cadre supérieur de l’industrie textile est venu récemment me voir et m’a demandé comment diminuer la consommation d’eau, par exemple. Ce genre de questions a un impact non seulement sur l’environnement mais aussi sur la ligne de résultat de l’entreprise. »

Les emballages durables, conçus pour permettre un transport plus facile et plus efficace peuvent aussi permettre de transporter plus d’objets dans une seule cargaison et de réduire les déchets. Cela permet de faire des économies sur le plastique, le bois et d’autres matériau d’emballage, ce qui en fin de compte réduit les frais d’expédition.

« Dans la cadre de la chaîne d’approvisionnement, nous parlons aussi beaucoup de la logistique des retours –c’est-à-dire le fait de détourner les biens de leur destination finale habituelle afin d’en tirer de la valeur, rajoute le professeur. Cela peut signifier créer un emballage qui revient et qui pourra donc être recyclé ou réutilisé pour un autre emploi. La logistique des retours aide vraiment les entreprises à être plus compétitives. »

Quant il s’agit de l’empreinte carbone, la conversation porte invariablement sur l’impact des exportations à l’international. « Actuellement, quand vous faites des importations depuis la Chine, votre empreinte carbone augmente, déclare un participant. Si les entreprises paient les conséquences de leur large empreinte carbone, est-ce que la Chine va perdre sa place de fournisseur à bas prix ? Actuellement, la Chine investit de vastes sommes d’argent dans le développement durable pour cette raison. Ils ont encore beaucoup à faire, mais les premiers pas ont été faits. »

Répondre aux demandes aussi bien des clients que des employés

La question éthique est très importante. De nombreuses entreprises ressentent une obligation éthique de gérer de manière responsable leurs affaires et peuvent ressentir une pression des parties prenantes, telles que les clients et les employés, d’être plus engagés dans le développement durable, d’être en somme « les gentils ».

En interne, l’image de l’entreprise porte sur le maintien en poste des employés, sachant que nombre d’entre eux accordent une grande importance à la responsabilité environnementale de leur employeur. Le développement des compétences étant une problématique majeure dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement, les entreprises devraient considérer leur politique environnementale comme une manière d’attirer et de garder les employés les plus qualifiés.

À l’extérieur, la durabilité répond aux demandes des clients et permet aux entreprises de gagner de nouvelles parts de marché. « En fait, nombreux sont ceux qui pensent que dans cinq à dix ans la plus grande partie de la croissance des entreprises proviendra de produits durables, surtout parce que les clients le demandent à leurs fournisseurs et sont même prêts à payer des marges plus élevées, explique le professeur Papier. Proposer des solutions durables, c’est capter ces parts de marché et créer de nouveaux revenus. »

En fin de compte, la durabilité dans la chaîne d’approvisionnement a un impact sur la profitabilité et la compétitivité à long terme. Par conséquent, il s’agit d’un sujet de conversation de plus en plus important chez les dirigeants. En effet, les investisseurs sont toujours réticents à investir du capital dans des entreprises qui ne vont pas s’avérer durables et qui, par conséquent, distancent celles qui ont une plus large empreinte carbone. Il est presque devenu dépassé de ne pas prendre au sérieux la durabilité dans la chaîne d’approvisionnement, tant au point de vue pratique que théorique.

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