Ce que veulent les femmes (pour leurs espaces de travail)

Ce que veulent les femmes (pour leurs espaces de travail)

Avec ESSEC Knowledge Editor-in-chief

Le monde commence à sortir prudemment de la crise du COVID-19, alors que les vaccins sont de plus en plus disponibles et que les confinements se lèvent peu à peu. Des millions de personnes dans le monde ont commencé à travailler à domicile en raison de la crise du COVID-19, et certains d'entre eux envisagent à présent de retourner au bureau dans un avenir pas si lointain. Comment les gens réagissent-ils à cette évolution ? A quoi ressemblera le bureau après la crise du COVID-19 ? La professeure Ingrid Nappi, titulaire de la Chaire Workplace Management, a étudié l'avenir des bureaux et ce à quoi ils pourraient ressembler après la crise COVID-19. Ses dernières recherches abordent la façon dont les préférences des employés varient selon leur genre et leur âge.

Qui a participé ?

A ce jour, trois études portant sur l'avenir du bureau après le confinement ont déjà été menées par la Chaire Workplace Management de l’Essec. Dans le cadre de ces études, Ingrid Nappi a interrogé des employés de bureau français pour savoir à quoi ressemblait leur espace de travail avant et pendant le confinement, et quelles étaient leurs attentes pour le présent et l'avenir. La troisième édition de cette étude interroge cette question notamment sous l’angle du genre, afin de savoir si les hommes et les femmes réagissent différemment au travail en situation de confinement. L’expérience des hommes s’avère en effet généralement plus positive que celle des femmes.

Plus de 1800 personnes ont participé à la troisième et dernière édition de l’enquête "Mon bureau post-confinement" entre le 21 et le 30 avril 2021. Parmi elles, une légère majorité de femmes (58 %) et une moyenne d’âge de 39 ans. Leur distribution géographique se répartit de la façon suivante : 25 % de Parisiens, 32 % de Franciliens et 43 % de travailleurs résidant en régions. A l’image de la société, les hommes y occupent davantage que les femmes des postes de direction ou de gestion

Avant le premier confinement de mars 2020, la plupart des salariés déclarent avoir travaillé dans un espace avec un lieu de travail assigné (90 %), un plus petit nombre (6 %) sur le mode du bureau flexible (flexoffice) et 4 % selon d’autres modalités (coworking, travail à distance). Les femmes étaient davantage habituées au travail à distance (54 % des femmes contre 45 % des hommes). Avec le pivot forcé vers le travail à distance en mars 2020, 55 % des hommes occupant un poste d'employé ont rapporté une expérience positive, contre 44 % des femmes occupant des rôles similaires. Les hommes ont notamment eu une expérience plus positive que les femmes - peut-être liée à la charge de travail accrue que celles-ci subissent plus fréquemment, avec les tâches ménagères et la garde des enfants. 

Alors que les employeurs avaient auparavant tendance à se méfier des effets du travail à distance sur la productivité, les résultats révèlent que ces craintes sont sans fondement :  44 % des personnes interrogées ont le sentiment d’avoir été plus productives en travaillant à domicile. 

L'avenir du bureau est-il genré ?

Cette période contrainte de travail à distance a amené de nombreuses personnes et employeurs à réfléchir à l'avenir des bureaux et des espaces de travail. Certains annoncent le déclin des espaces de bureau, alors que de nombreux salariés sont désireux d'y revenir. La professeure Nappi a examiné les attentes des gens à l'égard du bureau aujourd’hui et pour l'avenir. Elle constate en effet que la crise du COVID-19 a contribué à façonner les attentes des travailleurs quant à leur retour au bureau : ils attendent de leurs espaces collectifs qu’ils soient adaptés au respect des règles d'hygiène et de sécurité, ainsi qu’à la distanciation physique. 

Ingrid Nappi identifie également une différence de genre dans les différentes attentes envers le bureau. Les femmes préfèreraient le travail à distance dans une plus large mesure que les hommes, tandis que les hommes seraient plus nombreux à indiquer leur préférence pour le bureau flexible. En outre, les femmes souhaiteraient passer une plus grande partie de leur semaine en télétravail que les hommes, qui eux se tourneraient plus volontiers vers d’autre lieu que le bureau (tiers lieux, espaces de coworking).

Cela a-t-il eu une incidence sur la façon dont hommes et femmes perçoivent leur espace de travail ? Oui : les hommes ont eu tendance à considérer la fonction principale du bureau comme un espace de créativité, tandis que les femmes, comme un endroit facilitant l'interaction sociale et la participation à la vie de l'organisation. En ce qui concerne le retour au bureau, là aussi, les différences sont statistiquement significatives : les hommes sont plus nombreux à manifester le souhait de retrouver leurs conditions de travail initiales. 

Le statut professionnel a-t-il de l'importance ?

Ingrid Nappi et son équipe de recherche sont allés encore plus loin et ont voulu savoir si la position hiérarchique d'une femme influençait ses réponses, en comparant les femmes ayant un rôle de direction (34 % des salariées) à celles ayant un rôle de membre d'équipe ou d’employée (65 %). Avant les confinements, les femmes occupant des postes de direction travaillaient davantage à distance que celles occupant des postes de travail en équipe. Ceux sont celles qui ont également eu le sentiment d'être les plus efficaces pendant le confinement et d'être les mieux à même d'organiser leur travail (par rapport aux femmes occupant des rôles non-managériaux). Bien qu'il n'y ait pas de réelle différence concernant leur désir de retourner au bureau, les manageuses ont déclaré préférer les bureaux individuels ou le flexoffice, tandis que les collaboratrices et les employées ont déclaré préférer les bureaux fermés, partagés, et le travail à distance. Les femmes cadres sont également plus demandeuses de télétravail. Cela est certainement dû au fait que les salariés occupant des postes plus élevés ont d’une des tâches plus adaptables au travail à distance, et d’autre part de meilleures conditions de travail à domicile que leurs collaboratrices junior : plus d'espace de vie et un espace de travail dédié. 

Génération bureau

Les résultats varient également en fonction du groupe d'âge. Les générations les plus âgées (la génération X et les baby-boomers) ont rapporté l'expérience la plus positive en matière de travail à distance pendant les confinements, alors que les générations Y et Z ont eu plus de difficultés à s’y adapter. La génération la plus jeune, la génération Z, a également déclaré avoir eu le plus de mal à organiser son travail pendant la crise, 32 % d'entre eux ayant déclaré avoir eu des difficultés, contre seulement 8 % des baby-boomers. 

Les employés de la génération Z indiquent par ailleurs qu'ils préféreraient revenir au bureau en personne et y passer une plus grande partie de leur temps de travail, davantage que leurs aînés. Cela peut surprendre si l'on considère la génération Z comme des natifs du numérique, à première vue parfaitement adaptés au travail à distance. En réalité c’est la capacité de développer leurs opportunités et leur réseau professionnel qui leur a le plus manqué loin des bureaux, et qu’ils souhaiteraient retrouver à présent. Il faut également tenir compte des conditions de vie et de télétravail des plus jeunes, souvent contraints de se contenter de petits espaces ou du domicile parental, ce qui a pu constituer un obstacle à leur efficacité.

Les implications pour l’avenir du bureau 

Sans aller jusqu’à enterrer le bureau, il faut reconnaître que ceux qui ne souhaitent pas y retourner sont nombreux. Les hommes et les femmes font état de préférences et de raisons différentes pour leur espace de travail après la crise : les femmes considèrent les bureaux comme un espace permettant de favoriser les liens sociaux, alors que les hommes y voient une source de créativité. Les générations et les catégories professionnelles s’opposent également sur les atouts du travail en bureau : les travailleurs les plus jeunes et ceux qui n'occupent pas de postes de direction sont plus désireux de reprendre le travail en personne et de travailler davantage en présentiel. La multiplicité de ces raisons et de ces envies professionnelles nous indique qu'il n'existe pas de bureau idéal ni d'option unique. En revanche, ce qui met tout le monde d’accord, ce sont les vertus sociales du bureau, la convivialité et l’échange que l’on y trouve.

Cela suggère que les employeurs devraient tenir compte de la variation des besoins et des données démographiques de leurs employés lorsqu'ils planifieront les étapes du retour au bureau. Les employeurs pourraient envisager d'offrir différentes options aux employés, comme un modèle hybride, différents modes d'espace de bureau et des horaires de travail flexibles. Le bureau n'est pas mort, mais il doit être réinventé. 

Pour en savoir plus sur cette étude et d'autres menées par la Chaire Workplace Management, consultez leur site web.

Les tweets d'Essec Knowledge

blog comments powered by Disqus

Suivez nous sur les réseaux