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Vers une philanthropie stratégique : De « faire le bien » à « bien le faire »

Vers une philanthropie stratégique : De « faire le bien » à « bien le faire »

Avec Arthur Gautier

Dans leur nouveau livre « Vers une philanthropie stratégique » (Odile Jacob, 2020), Peter Frumkin, Anne-Claire Pache et Arthur Gautier adaptent au contexte français le modèle développé par Peter Frumkin (University of Pennsylvania) et expliquent comment élaborer une stratégie pour la philanthropie afin d’optimiser son impact positif sur la société.

Lorsque l’on fait un don pour une cause d’intérêt général comme la lutte contre la pauvreté ou contre le décrochage scolaire, on pense parfois que le plus difficile, c’est de prendre la décision de donner. Pourtant, ce qui est réellement compliqué, en matière de don, c’est la question de « comment donner » ou plutôt comment « bien donner », c’est-à-dire, comment donner en ayant un effet le plus positif possible pour ceux qui en bénéficient. Car même avec les meilleures intentions, un don peut parfois être redondant, sans effet, ou déstabilisant pour les bénéficiaires…Il ne s’agit donc pas seulement de « faire le bien », mais de tâcher de « bien le faire » !

Tout comme les entrepreneurs et les dirigeants d’entreprise s’appuient sur une stratégie pour atteindre leurs buts, les philanthropes aussi peuvent développer une réflexion stratégique approfondie. Le but étant de maximiser les effets positifs de leur  don pour les bénéficiaires, la cause qu’ils soutiennent et la société au sens large. 

Les piliers d’une philanthropie stratégique

Une stratégie, en matière de philanthropie, s’appuie en fait sur 5 grandes piliers.

1. Le premier pilier, la valeur, doit permettre de répondre à la question suivante : quelle valeur je souhaite créer pour la société et pour moi ? Il permet au donateur de s’interroger sur ses motivations profondes et ce qu’il attend personnellement de cet acte tout autant que sur la contribution qu’il souhaite avoir à l’intérêt général. Prenons l’exemple d’un philanthrope qui souhaite s’engager pour lutter contre le décrochage scolaire. Quel est son moteur ? Est-il émotionnel, lié au souhait de réparer une situation d’échec scolaire qu’il a lui même vécue, personnellement ou avec un de ses enfants ? Ou son moteur est-il plus rationnel, car il a lu des études montrant le coût de l’échec scolaire pour la société ? Clarifier ces moteurs est essentiel pour identifier ensuite la meilleure manière d’agir.

2; Intitulé cadre logique, le deuxième pilier définit quels types d’interventions auprès de quels types de bénéficiaires auront le plus d’impact. Dans le cas de l’échec scolaire, le philanthrope peut choisir de donner des bourses à des élèves méritants, de financer des associations oeuvrant dans le champ du soutien scolaire, ou des activités de recherche en science de l’éducation pour comprendre éviter l’échec scolaire . Il peut décider de financer des actions à l’échelle de sa commune, si celle-ci connaît des enjeux particuliers en matière de décrochage, ou le déploiement national d’un projet qui a déjà fait ses preuves sur un territoire. Les modalités d’intervention possibles sont en fait très nombreuses.

3. Le troisième pilier s’intéresse au style, c’est-à-dire au niveau d’engagement et de visibilité que le donateur souhaite avoir au travers de son don. Souhaite-il se limiter à faire un chèque, ou souhaite-il s’engager concrètement soit dans des activités de soutien scolaire, soit dans du conseil stratégique à des associations qu’il soutient ? Veut-il par ailleurs rester discret voire anonyme, ou bien être reconnu publiquement et encourager d’autres à s’engager pour la cause du décrochage scolaire ?

4. Le quatrième pilier, l’horizon temporel, interroge le donateur sur son rapport au temps : quand donner et à quel rythme ? Certains veulent s’engager à très long terme, voire pour l’éternité, quand d’autres souhaitent que leur argent soit dépensé aujourd’hui pour traiter des problèmes urgents et actuels. Concernant le décrochage scolaire, le philanthrope devra se poser la question de comment son argent pourra avoir l’effet de levier le plus fort: en étant distribué aujourd’hui pour tenter d’apporter des réponses aux jeunes actuellement décrocheur, ou anticiper que ce programme du décrochage sera encore plus important demain, et qu’il serait plus pertinent de placer de l’argent aujourd’hui pour qu’il puisse financer des interventions demain et sur le plus long terme.

5. Pour finir, le cinquième pilier définit le véhicule du don, c’est-à-dire la forme d’organisation choisie pour mettre en œuvre son don. Fondation, fonds de dotation, fondation abritée, association… En France, les philanthropes ont plusieurs options à disposition, et il est important de bien choisir le ou les véhicules les plus adaptés, en fonction du type d’actions choisies.

La philanthropie stratégique correspond donc à ces situations où le donateur parvient (...) à apporter des réponses cohérentes entre elles à chacune des questions qu’il pose.

Pour en savoir davantage :

Vers une philanthropie stratégique : un entretien avec Arthur Gautier et ESSEC Knowledge. http://knowledge.essec.edu/fr/society/vers-une-philanthropie-strategique.html

Frumkin, P., Pache, A., & Gautier, A. (2020). Vers une philanthropie stratégique. Paris: Odile Jacob.

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