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Les espaces verts et la biodiversité ont-ils un impact positif sur le bien-être et la performance ?

Les espaces verts et la biodiversité ont-ils un impact positif sur le bien-être et la performance ?

Les recherches menées par la Chaire Immobilier et Développement Durable apportent un nouvel éclairage sur l’importance des espaces verts et de la biodiversité dans la sphère de l’entreprise.

C’est désormais une donnée largement acquise : l’aménagement des espaces de travail influe sur la productivité et le bien-être des salariés. Les expérimentations in situ et les études d’impact chiffrées se sont multipliées depuis quelques années. De leur côté, les salariés sont de plus en plus nombreux à y voir une constituante essentielle de leur qualité de vie au travail. L’étude Mon Bureau de demain, menée en 2013 par la Chaire Immobilier et Développement Durable de l’ESSEC, a d’ailleurs montré que 40 % des étudiants seraient prêts à refuser un emploi si l’aménagement des espaces de travail ne correspondait pas à leurs attentes.

Le space planning recouvre cependant diverses composantes dont certaines sont davantage étudiées que d’autres. La nécessité de créer des espaces de convivialité et d’évaluer la pertinence de l’open-space, les réflexions sur l’intérêt d’une structure horizontale de l’espace et d’un système spatial atténuant les rapports hiérarchiques sont autant d’aspects qui ont été abondamment soulignés. Il n’en va pas de même concernant l’apport potentiel de la nature et de la biodiversité à l’aménagement des espaces de travail. L’idée que l’une et l’autre puissent avoir un rôle à jouer au sein des entreprises cesse toutefois progressivement d’être tenue pour extravagante. En fonction de leur capacité à les intégrer à leur immobilier, les entreprises mettent en fait bel et bien en jeu leur image et leur attractivité. Alors que le végétal au sein des espaces de travail est souvent réduit à sa plus simple expression (plantes vertes dans les bureaux, fleurs à l’accueil, petit espace de pelouse devant le bâtiment…), les motifs d’intégrer davantage de nature à un projet immobilier sont de plus en plus nombreux, et les manières de le faire de plus en plus diversifiées.

Pour commencer, il est désormais prouvé que la simple vue sur la nature est en soi facteur de bien-être. Elle a même un impact direct sur la santé : dès 1984, Roger Ulrich montrait que, dans un hôpital, la convalescence des patients dure en moyenne moins longtemps, toutes choses égales par ailleurs, s’ils ont vue sur de la nature par la fenêtre de leur chambre. Plus étonnant, une étude a révélé que, dans une entreprise, si le mobilier est en bois, ou s’il évoque la nature par ses formes-mêmes (des chaises qui font penser à des feuilles, par exemple), il peut influer positivement sur le bien-être des salariés.  Cela dit, avoir accès à cette nature est une véritable plus-value. C’est là un véritable levier d’amélioration pour les entreprises dont les espaces verts sont souvent assez symboliques, se résumant à un carré de pelouse inaccessible près de l’entrée ou dans un patio intérieur. Les campus, par leur structure horizontale souvent organisée autour d’un vaste espace central paysager, offrent d’importantes opportunités dans ce registre. On commence d’ailleurs à réfléchir à la possibilité pour les salariés, non plus simplement de s’accorder un moment de détente dans ce type d’espaces, mais aussi de venir y travailler, ce que permet désormais le tout-numérique. En définitive, l’enjeu pour les entreprises est de prendre conscience de leur contribution possible au verdissement des villes où elles sont implantées, surtout s’agissant des grandes métropoles mondiales, dont la densité compromet le verdissement. En effet, l’enquête Ma Ville de demain menée en 2014 par la Chaire a montré que 42 % des étudiants seraient prêts à refuser un emploi dans une ville si la nature n’y est pas assez présente.

De manière complémentaire, certains acteurs de l’aménagement des espaces de travail cherchent aujourd’hui à faire entrer la nature dans les bureaux. C’est le cas des Jardins de Gally avec le concept de « bureau fertile » : cette entreprise de paysagisme a conçu différents éléments de mobilier intégrant des plantes, de petites pièces d’eau et même des arbres, de manière sécurisée. 

S’il est en revanche une notion d’un abord plus délicat, c’est bien celle de biodiversité, jugée technique par les entreprises qui la considèrent comme très éloignée de leur champ d’action. Pourtant, introduire une diversité raisonnée d’espèces végétales crée de la valeur à la fois en termes de durabilité et du point de vue de l’attrait qu’exerceront les espaces ainsi conçus sur les salariés, même s’ils n’ont pas d’appétence particulière pour la botanique. Cette recréation d’écosystèmes naturels au sein-même des espaces verts d’entreprise peut d’ailleurs se doubler d’une dimension pédagogique (panneaux explicatifs).  Les entreprises pionnières dans ce domaine invitent même les salariés à prendre part à la gestion des espaces végétalisés et éventuellement à se partager la récolte (miel, arbres fruitiers, herbes aromatiques, etc.). Une telle démarche peut participer fortement du sentiment d’appartenance au sein de l’entreprise ; la gestion des espaces verts place les salariés dans une position responsabilisante, à la frontière du travail et du loisir.

Le potentiel de végétalisation est évidemment très variable selon l’entreprise considérée et les espaces dont elle dispose. Notons toutefois que l’implantation d’une entreprise en milieu urbain dense, sur une parcelle entièrement bâtie, n’est pas rédhibitoire à la mise en œuvre d’initiatives de verdissement. Outre les espaces intérieurs, les toitures offrent en effet un potentiel important, presque toujours sous-valorisé. Les deux-tiers des étudiants de l’enquête Ma Ville de demain se montrent d’ailleurs réceptifs à une telle pratique, alors qu’elle n’en est, dans les faits, qu’à ses balbutiements. Levier habile pour végétaliser les villes les plus denses, élément ambitieux et innovant d’une politique RSE, un toit végétalisé n’aura cependant d’intérêt direct pour les salariés que s’il leur est accessible, ce qui n’est pas sans impacts technico-économiques sur le projet, pour d’évidentes questions de sécurité.

Nature et biodiversité ont donc un rôle de premier plan à jouer au sein de l’immobilier d’entreprise. Pouvant investir les abords des bâtiments voire leurs toitures mais aussi les espaces de travail eux-mêmes, elles sont, d’une manière générale, d’importantes contributrices de la qualité de vie au travail. Il s’agit dès lors pour les entreprises de se mobiliser face à ce réel enjeu de durabilité et d’attractivité.

Singapour, un modèle de ville verte pour l’Asie ?

Si l’on peut parler d’émergence d’un processus mondial de végétalisation des grandes métropoles, certaines régions du globe apparaissent très en avance sur d’autres dans ce domaine. Le cas de l’Asie est à ce titre parmi les plus complexes, car elle regroupe à la fois des villes pionnières et d’autres accusant un retard considérable. Ce n’est sans doute pas un hasard si Shanghai et Pékin, métropoles incontestables, ne recueillent chacune que 0,1 % des suffrages lorsque l’on demande aux étudiants quelle est la ville dans laquelle ils rêveraient de vivre (enquête Ma Ville de demain). Singapour (0,8 %) et surtout Tokyo (1,7 %) ont davantage la cote, mais il est difficile de parler de plébiscite. De fait, les villes chinoises font régulièrement l’actualité en raison de leur taux de pollution atteignant des sommets alarmants. Dans ce pays où le rêve d’une société moderne et harmonieuse est particulièrement ancré, le modèle de développement urbain dominant semble aujourd’hui dans l’impasse ; et si les projets de villes nouvelles intelligentes tendent à se multiplier, aucun d’entre eux ne s’est encore imposé comme probant – plusieurs d’entre elles étant même demeurées des villes fantômes. Cette situation est préoccupante s’agissant d’attirer les entreprises mais aussi les nouveaux talents sur le sol asiatique en général et chinois en particulier. A cet égard, un cas bien particulier est celui de Singapour, laquelle s’efforce de s’imposer comme le modèle asiatique de ville verte et durable.

En raison de son extrême densité et malgré la rareté du foncier disponible, la Cité-État s’est en effet imposée ces dernières années comme un symbole de ville verte. De nombreux projets, le plus souvent verticaux par nécessité, visant à développer la biodiversité et l’agriculture lui ont valu le surnom de « ville-jardin ». Elle se situe désormais dans les premières places des classements des villes asiatiques où il fait bon vivre (1ère ville asiatique et 26ème ville mondiale selon le classement du cabinet de conseil Mercer, 2015).

Soucieuse de faire honneur à son surnom, Singapour continue aujourd’hui de mener des projets innovants et d’imposer des règlementations volontaristes pour que le vert occupe une place toujours plus conséquente. Le gouvernement a d’ailleurs lancé en 2011 le plan "A city in a garden" (une ville dans un jardin), qui prolonge le programme développé dès les années 1960, "A garden city" (une ville-jardin).

Deux réalisations phares sont particulièrement médiatisées. La première, baptisée « Sky Greens », du nom de cette société spécialisée dans les technologies agro-alimentaires, consiste en 120 « tours » d’agriculture urbaine, inaugurées en octobre 2012. Il s’agit plus précisément de serres abritant des structures en aluminium de neuf mètres de haut sur lesquelles poussent salades, épinards et choux. Ce dispositif, qui n’a pas encore connu d’autres réalisations, est plébiscité pour sa faible consommation en eau et pour sa productivité : 500 kg de légumes par jour en « vitesse de croisière ».

La seconde réalisation s’appelle « Gardens by the Bay ». Inaugurés en juin 2012, ces jardins sont situés dans le nouveau quartier de Marina Bay, à l’embouchure de la rivière Singapour. Prévus pour s’étendre à terme sur 100 hectares, ils cherchent à allier l’écologie et le divertissement, grâce notamment à deux attractions majeures : d’une part deux gigantesques dômes de verre abritant deux écosystèmes emblématiques de la biodiversité, d’autre part douze Supertrees, des arbres artificiels futuristes inspirés des espèces des forêts tropicales.

La loi contribue elle aussi à accroître le verdissement de la Cité-Etat. Elle impose en effet à tout projet immobilier de recréer un nombre de mètres carrés verts équivalent à l’emprise au sol du projet en question. Sachant qu’une démolition/reconstruction est également considérée comme un nouveau projet immobilier alors qu’elle ne constitue pas une progression du front bâti, le nombre de mètres carrés végétalisés est automatiquement en croissance à Singapour. Dans cette ville d’affaires, aux très nombreuses tours de bureaux, il ne fait pas de doute que l’engagement du gouvernement en faveur d’un cadre aussi verdoyant que possible est un puissant facteur de qualité de vie pour des salariés originaires du monde entier.

Extrait du Hors Série ESSEC Knowledge: 


[1] ULRICH R., 1984, View through a window may influence recovery from surgery, Science, vol. 224, pp. 420-421.

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