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Hillary Clinton vs Donald Trump : qui est l’insider ? Qui est l’outsider ?

Hillary Clinton vs Donald Trump : qui est l’insider ? Qui est l’outsider ?

A l’occasion du troisième débat de la présidentielle américaine qui aura lieu ce soir, Estefania Santacreu-Vasut, Professeur d’économie à l’ESSEC Business School et spécialiste des études d’égalité de genre en économie et finance, analyse les stratégies utilisées par les deux candidats dans un contexte de progression des inégalités de genre. 

Les femmes, la politique et la pouvoir

Aux États-Unis, les femmes ont obtenu le droit de candidater à des élections politiques en 1788, et le droit de vote en 1920. Quelques décennies plus tard, en 1947, née Hillary Rodham. Néanmoins, même si l’accès formel aux institutions politiques américaines a eu lieu relativement tôt, comparé au reste du monde, c’est seulement aujourd’hui, en 2016, qu’une femme candidate aux élections présidentielles américaines. 

Tout au long du XXème siècle la position des femmes a nettement progressé grâce à une réduction des inégalités de genre sur le marché du travail, et à une forte convergence des niveaux éducatifs et une réduction des différences de salaires à travail identique. Par exemple, la place des femmes sur le marché du travail n’atteignait pas les 20% au début du XXème siècle, et cela, jusqu’aux années 20. Depuis, ce pourcentage a plus que doublé, et représentait en 2010 46%, son maximum durant la période. Ce niveau reste toujours en dessous des 70 % que représentent les hommes sur le marché du travail, selon les données de la Banque Mondiale. 

La présence des femmes a aussi progressé dans des positions de leadership, même si de façon plus timide. Par exemple, dans un article récent (ESSEC Working paper 1616) coécrit avec Davide Romelli (Trinity College, Dublin) et Patricia Charléty (ESSEC Business School) montre que la présence des femmes dans les conseils d’administration des banques centrales a progressé de 10 % en 2003 à 14% en 2014. Pour comprendre cette faible représentation des femmes, nous avons analysé les replacements de membres des conseils, en calculant la probabilité de nommer une femme dans un conseil en fonction du genre du membre sortant. Nous avons remarqué que lorsqu’une femme quitte le conseil, la probabilité qu’une femme la remplace est de 37 %, alors qu’elle est de 9 % seulement lorsque le membre sortant est un homme. 

Aux États-Unis, la présence des femmes dans le conseil d’administration de la banque centrale américaine (FED) était de 22 % en 2003 et a atteint 40 % en 2015. Durant cette période de nette progression, Janet Yellen a été la première femme nommée à la tête de la FED en 2013 sous l’administration Obama. Globalement, ces chiffres montrent que la situation a progressé, elle diverge selon les secteurs et les pays concernés. Un écart persiste, et les femmes restent encore des “outsiders” en politique et plus amplement dans des positions de leadership. 

La question des quotas: le besoin de (bons) modèles

En 1979, les Nations Unies ont adopté la “Convention pour l’élimination de toutes formes de discriminations à l’égard des femmes” (CEDAW). Depuis, des institutions nationales et internationales ont augmenté la pression pour promouvoir la présence des femmes dans la sphère politique. Les hautes instances internationales, par exemple la Banque Mondiale en 2001, mais aussi des économistes tel que Ester Duflo (2011, p.15) prônent l’utilisation de mesures formelles pour doper cette progression, en instaurant par exemple des quotas. Comme le dit Ester Duflo (2011, p. 15) « en absence de discrimination positive, il serait très difficile pour les femmes de s’immiscer en politique ».Malgré ces préconisations, l’adoption des quotas n’est pas universelle. 

Dans un article récent, coécrit avec Victor Gay (The University of Chicago) et Amir Shoham (Temple University) AEL (2013), nous avons étudié quels pays ont été les plus susceptibles d’instaurer un système de quotas pour faciliter l’accès des femmes à la sphère politique. Nous avons montré que les pays dont la culture, véhiculée par le langage, sont moins favorables aux femmes, les quotas sont choisis comme mécanisme compensatoire. Nous avons aussi étudié l’utilisation de sanctions dans le cas où ces quotas ne seraient pas respectés, pour nous assurer ceux-ci soient bien utilisés pour faciliter l’accès des femmes et non à des fins d’affichage. Notre analyse révèle que dans les pays où les quotas sont adoptés, l’augmentation de la présence des femmes est forte, surtout dans les pays où l’inégalité de genre reste élevée. 

Les quotas permettraient donc de booster la convergence entre les genres en diminuant les barrières à l’accès des structures politiques. Néanmoins, certaines de ces barrières sont extrêmement persistantes. Cela veut dire que les quotas ne peuvent pas se substituer à l’évolution nécessaire des rôles de genre, et donc à l’identité de genre et aux attentes socio-culturelles en lien avec ces identités. Le manque de modèles féminins contribue à cette persistance. En effet, la recherche a montré qu’amener une première génération de femmes à des positions de pouvoir peut avoir un impact important pour stimuler les générations futures. Dans ce sens, la candidate Hillary Clinton peut d’ores et déjà devenir un modèle pour les générations politiques américaines à venir.

Hillary Clinton vs Donald Trump : Qui joue quels rôles ? 

Une grande partie de la campagne et du discours d’Hillary Clinton insiste sur son engagement auprès des familles et de l’égalité des genres. Est-ce que cette orientation va lui permettre d’attirer l’électorat américain ? Dans un monde où la corruption politique a fortement détérioré l’image des politiciens, être une femme et être considéré comme “outsider” peut devenir un atout. D’ailleurs, en mettant l’accent sur le genre, Hillary Clinton essaye aussi d’attirer les votes des minorités, tel que la communauté LGBT, entre autres. De son côté, Donald Trump a accusé à plusieurs reprises Hillary Clinton de jouer la carte du genre, en exploitant ce sujet à des finalités purement stratégiques. 

Alors que l’histoire fait d’Hillary Clinton une “outsider”, son nom de famille, Clinton, évoque une toute autre histoire ! Première dame des États-Unis pendant la présidence de son mari Bill Clinton, elle est présente dans la sphère publique depuis plusieurs décennies et a servi dans plusieurs fonctions telles que celle de sénatrice et secrétaire d’État. Donald Trump a insisté sur la longue carrière d’Hillary Clinton au sein de l’élite politique, pour montrer à son électorat qu’elle est, en réalité, une “insider”. Et d’ailleurs, pour de nombreux commentateurs, Hillary Clinton est considérée comme “insider”, alors que Donald Trump, homme d’affaires, serait un “outsider” dans une élection pas comme les autres !

L’identité d’insider ou d’outsider des candidats, a en effet occupé une place importante dans les débats présidentiels, explicitement ou implicitement. Par exemple, lors du premier débat, (Septembre-2016) Donald Trump a interpelé sa rivale en tant que “Secrétaire Clinton”, insistant ainsi sur sa position d’insider. Lors du deuxième débat présidentiel, il a accusé Hillary Clinton d’attaquer les femmes qui ont dénoncé son mari d’abus sexuels.

Au contraire, Hillary Clinton a interpelé le candidat républicain par son prénom, Donald, en insistant sur sa position d’insider en tant qu’homme, plutôt que son parcours dans le monde des affaires comme l’évoque son nom de famille, Trump. Comme dans une partie de poker, chacun des candidats a misé sur son identité d’outsider, en lien avec les questions de genre. La vidéo où Donald Trump dégrade verbalement les femmes a scandalisé de nombreux républicains qui lui ont retiré publiquement leur soutien. Donald Trump s’est excusé, tout en disant que ce ne sont que des paroles. Mais les discours ne sont pas neutres et sont utilisés stratégiquement par les deux camps. 

Qui des outsiders Hillary ou Trump, gagnera ? Qui des insiders Clinton ou Donald perdra ? Chacun des candidats a en effet des identités multidimensionnelles qui combinent des caractéristiques d’insider et d’outsider. Indépendamment de son résultat, cette élection pas comme les autres nous rappelle bien que, tel que George Akerlof, prix Nobel d’Économie le résume bien, « la politique est souvent une bataille sur l’identité. »

 

Publications :  

ESSEC Knowledge: Cutting-edge research – made practical 

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